5 déc. 2013

Le Nuage (81)

[OR LE CHŒUR DIT : L’État est une bouche.]

Ô Télémaque mon fils, nous sommes des aliments. Les États envoyèrent des émissaires pour comprendre cette soudaine publicité.
Troie fut sur le point d’être effacée : si les firmes déclaraient mort le libéralisme, c’est qu’elles étaient déterminées à faire un sale coup.
Elle voulait, à l’État, ôter le monopole de la force physique légitime ! Les gouvernements montèrent sur leurs grands chevaux. Les firmes avaient tout prévu, il va sans dire.
Aucun objet n’a échappé à notre désir (car notre désir n’avait pas d’objet), dirent les firmes ; la montagne et le fleuve, l’océan et les nuées, l’argile et le caillou, l’homme et la bête, l’esprit et l’atome, tout, absolument tout fut malaxé par nos mains expertes afin que cela fût un aliment qui convienne à l’appétit de quelques-uns.

2 déc. 2013

Le Nuage (80)

À Tordesillas (1494), un pape partagea le monde coupable en deux lots. [LE CHŒUR : Troie a coupé le gâteau en trois parts.]
Je ne sais pas par quel bout tirer les fils du récit.
Les êtres qui tirent les poils de mon corps ont tout emmêlé sous mon os crânien.
Les trois firmes écrasèrent d’un seul communiqué le capitalisme, la main invisible du marché, Adam Smith et sa putative descendance.
Des siècles d’âpres œuvres avaient trouvé la date de leur mort. Si les États étaient surpris, ce ne fut (bien sûr) pas de ce que les dieux déclarassent le libéralisme mort ; ils étaient au parfum depuis belle lurette.
Ils s’étonnèrent seulement de ce que les dieux jugeassent opportun de le dire haut et fort. Lorsqu’un roi (1470) fabriqua, par une charte, une nouvelle noblesse, c’était pour donner à l’État (qui s’élevait au firmament de bronze sur les ruines fumantes du féodalisme) la main et le bras séculier qui lui permît de dévorer et dévorer et dévorer…